Comme c’était prévisible, tous mes efforts pour reprendre pied échouent. Les crises d’angoisse reviennent au galop. Je sèche de nouveau les cours un jour sur deux. Après deux conseils de discipline pour absentéisme, la proviseure de mon lycée, une femme qui s’est jusqu’ici montrée d’une étonnante bienveillance, me convoque dans son bureau.

— Je suis désolée, V., mais malgré toute ma bonne volonté, je ne vais pas pouvoir continuer à vous soutenir. Les profs vous ont prise en grippe. Par vos absences répétées, vous récusez leur autorité, vous leur déniez leur rôle. (Ils n’ont pas tort, ce que je pense des adultes est encore au-delà de ce qu’ils s’imaginent.) En plus de cela, vous donnez le mauvais exemple. Certains élèves commencent à vous imiter. Il faut mettre fin à cette situation.

Pour éviter l’expulsion de mon lycée, qui serait inscrite sur mon dossier et ferait mauvais effet, elle me propose de « démissionner » de mon propre chef pour « raisons personnelles » et de passer mon bac en candidat libre. Après tout, la scolarité n’est obligatoire que jusqu’à seize ans.

— Vous allez y arriver, V. Je ne me fais aucun souci à ce sujet.

Je n’ai pas le choix, j’accepte. J’ai l’habitude de vivre hors des sentiers battus, sans cadre ni structure. Et maintenant, sans plus aucune contrainte des horaires de lycée. Qu’à cela ne tienne. Mon année de terminale, je la ferai au café, en lisant les cours du CNED reçus par correspondance.

Je passe mes soirées à danser et à m’étourdir. Fais parfois de mauvaises rencontres, mais n’en garde aucun souvenir. Je quitte Youri à qui je ne supporte plus de faire subir mon mal-être, et rencontre un autre garçon, intelligent et tendre mais sacrément cabossé par la vie, un qui comme moi souffre en silence, et n’a trouvé que les paradis artificiels pour chasser son spleen. Je l’imite. Oui, je file un mauvais coton, G. a raison. Il a fait de moi une quasi aliénée. J’essaie de coller au personnage.