Depuis le retour de G., des furies débarquent à toute heure devant la porte de sa chambre d’hôtel. On les entend pleurer sur le palier. Parfois, elles glissent un mot sous le paillasson. Un soir, il sort pour parler avec l’une d’entre elles et referme derrière lui de manière que je n’entende pas leur conversation. Hurlements, gesticulations, puis sanglots étouffés, chuchotements. Tout va bien, il a réussi à raisonner la walkyrie, qui repart en dévalant les escaliers.
Quand je demande à G. des explications, il prétend que ce sont des fans qui l’ont suivi dans la rue, ou ont réussi à obtenir son adresse on ne sait comment, la plupart du temps par son éditeur, pas assez soucieux de sa tranquillité (il a bon dos).
Puis, il m’annonce qu’il repart, cette fois-ci pour Bruxelles, où il est convié à une signature en librairie et participe à un salon du livre. Je resterai à l’hôtel, seule, une fois encore. Mais deux jours plus tard, le samedi, en marchant dans la rue avec une amie, je l’aperçois au bras d’une jeune fille, sur le trottoir d’en face. Comme une automate, je tourne les talons en essayant de chasser cette vision. C’est impossible. G. est en Belgique, il me l’a juré.