La présence bienveillante et les attentions de Youri, quelques rares amis fidèles dont je m’étais pourtant éloignée depuis plus de deux ans et avec lesquels je renoue timidement, l’envie d’aller danser et rire avec ceux de mon âge, commencent à l’emporter sur l’emprise de G. Les liens se desserrent, et la jungle du royaume maléfique laisse place à un autre monde où, contre toute attente, le soleil brille et n’attend que moi pour que la fête commence. G. est parti pour un mois. Il doit avancer dans l’écriture de son nouveau livre. À Manille, il n’aura aucune distraction, m’a-t-il juré hypocritement. Youri me presse chaque jour de quitter G., mais impossible de l’affronter avant son départ. De quoi ai-je peur ? Je profite de son absence pour lui écrire. Notre histoire finira comme elle a débuté : par lettre interposée. Au fond de moi, je sens qu’il attend cette rupture. Qu’il la souhaite, même. Un stratège hors pair, je l’ai dit.

Pourtant, c’est tout l’inverse qui se produit. À son retour des Philippines, ma lettre, écrit-il, le dévaste. Il ne comprend pas. Je l’aime encore, chacun des mots que j’emploie trahit mes sentiments. Comment puis-je tirer un trait sur notre histoire, la plus belle, la plus pure qui soit ? Il me harcèle de coups de téléphone, de lettres, me guette de nouveau dans la rue. Ma décision de rompre le révolte. Il n’aime que moi. Aucune autre fille n’existe. Quant aux Philippines, il jure y avoir été d’une chasteté irréprochable. Mais il ne s’agit plus de cela. Je me contrefous de lui et de ses frasques. C’est ma rédemption que je recherche, pas la sienne.

 

Quand j’annonce à ma mère que j’ai quitté G., elle reste d’abord sans voix, puis me lance d’un air attristé : « Le pauvre, tu es sûre ? Il t’adore ! »