D’abord ces lettres de dénonciation anonyme, puis la crainte d’être tous les deux atteints du sida : ces menaces successives ont cristallisé notre amour. Devoir se cacher, disparaître, fuir le regard intrusif des témoins, des jaloux, hurler dans une salle d’audience que je l’aime plus que tout tandis qu’on passe les menottes à mon bien-aimé… Mourir dans les bras l’un de l’autre, la peau rongée, collée sur les os, mais d’un seul cœur qui ne bat que pour l’autre… La vie auprès de G. ressemble plus que jamais à un roman. Sa fin sera-t-elle tragique ?
Il y aurait quelque part une voie à suivre, ou à découvrir. C’est ce que disent les taoïstes. La voie de la justesse. Le bon mot, le geste parfait, le sentiment irréfutable d’être là où il faut, au bon moment. Là où se trouverait la vérité nue, en quelque sorte.
À quatorze ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de cinquante ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter. De tout cela j’ai conscience, malgré mes quatorze ans, je ne suis pas complètement dénuée de sens commun. De cette anormalité, j’ai fait en quelque sorte ma nouvelle identité.
À l’inverse, quand personne ne s’étonne de ma situation, j’ai tout de même l’intuition que le monde autour de moi ne tourne pas rond.
Et quand, plus tard, des thérapeutes en tout genre s’échineront à m’expliquer que j’ai été victime d’un prédateur sexuel, là aussi, il me semblera que ce n’est pas non plus la « voie du milieu ». Que ce n’est pas tout à fait juste.
Je n’en ai pas encore fini avec l’ambivalence.