Nécessité financière faisant loi, G. publie chacun de ses livres avec une précision métronomique, au rythme d’un par an. Depuis quelques semaines, il a entrepris d’écrire sur nous, sur notre histoire, sur ce qu’il appelle « sa rédemption » : un roman inspiré de notre rencontre qui sera, dit-il, le grand témoin de cet amour « solaire », de cette « réforme » de son existence dissipée pour les beaux yeux d’une jeune fille de quatorze ans. Quel sujet romantique ! Dom Juan guéri de sa frénésie sexuelle, décidé à ne plus se laisser dominer par ses pulsions, jurant qu’il est un autre homme, que la grâce est tombée sur lui en même temps que la flèche de Cupidon.
Heureux, fébrile et concentré, il met en forme sur sa machine à écrire les notes prises dans un carnet noir de moleskine. Le même que celui d’Hemingway, m’apprend-il. La lecture des volumes de son journal intime et littéraire m’est toujours rigoureusement interdite. Mais depuis que G. a commencé à écrire ce roman, le réel change de camp : de muse, je me transforme peu à peu en personnage de fiction.