— Tu racontes vraiment n’importe quoi !

— Non, je te jure, c’est vrai. Regarde, il m’a écrit un poème.

Ma mère a pris la feuille que je lui tends avec une grimace de dégoût mêlée d’incrédulité. Un air effaré où pointe même un brin de jalousie. Après tout, lorsqu’elle avait proposé à l’écrivain de le raccompagner chez lui ce soir-là, et qu’il avait accepté, avec tant de suavité dans la voix, elle a très bien pu s’imaginer qu’il n’était pas insensible à ses charmes. Elle découvre avec une violence inouïe, que je suis devenue prématurément une rivale, et ce sentiment l’aveugle tout d’abord. Puis elle se reprend et me jette à la figure ce mot que jamais je n’aurais cru pouvoir être associé à G. :

— Tu n’es pas au courant que c’est un pédophile ?

— Un quoi ? C’est pour ça que tu lui as proposé de le raccompagner en le laissant avec ta fille à l’arrière de ta voiture ? Et puis qu’est-ce que ça veut dire, c’est n’importe quoi, je n’ai pas huit ans !

Du tac au tac, elle menace de m’envoyer en pension. Des hurlements fusent sous les combles. Comment peut-elle me priver de cet amour, le premier, le dernier, l’unique ? Elle s’imagine peut-être qu’après m’avoir enlevé mon père (car bien sûr, maintenant tout est sa faute), je la laisserai faire une seconde fois ? Jamais je n’accepterai d’être séparée de lui. Plutôt mourir.